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Depuis que le capitalisme est apparu sur cette planète, il n’a rien fait d’autre que détruire les milieux naturels afin d’en forger un autre qui lui soit propre et auquel les individus furent forcés de s’adapter. La science et la technique reçurent une impulsion décisive et furent pleinement développées malgré les résistances à une telle adaptation, au point que le capitalisme non seulement a réussi à surmonter tous ces obstacles, mais surtout qu’il les a transformés systématiquement en opportunités pour sa propre expansion. La croissance, inhérente à sa nature, ne s’arrêtera pas tant qu’une humanité exploitable existera, et c’est précisément à ce nouveau défit que le capitalisme est actuellement confronté. Car à mesure que le système productif s’étend, il devient de plus en plus destructeur.
La colonisation marchande des terres et de la vie, de l’espace et du temps, ne peut être arrêtée sans s’interroger sur ses principes fondamentaux, pas plus qu’elle ne peut se poursuivre sans mettre en danger l’espèce humaine elle-même. Par conséquent, la crise écologique mène à une crise sociale. Le capitalisme doit continuer à croître pour prévenir cette crise, mais il doit le faire sans que les dégradations qui accompagnent cette croissance ne parviennent à la conscience de ceux qui en sont les victimes. Pour accomplir cela, le capitalisme doit improviser des réformes économiques, technologiques et politiques qui, en même temps qu’elles dissimulent les nuisances, permettent aux gens de vivre avec ces dernières, tout en continuant de profiter du système.
La production comme la consommation doivent subir, comme disent les experts, « un changement de paradigme ». Les habitudes de consommation, tout comme les activités économiques et politiques doivent changer, évidemment pas pour « sauver la planète » et moins encore pour préserver l’espèce humaine, mais pour permettre au capitalisme de se perpétuer. C’est pourquoi les politiciens se découvrent maintenant une âme verte. Et c’est ainsi que le capitalisme devient écologiste.
L’éveil de la conscience écologiste remonte à loin. Dès 1955, Murray Bookchin a mis en garde contre les dangers pour la santé des additifs alimentaires, et avec Rachel Carson en 1962, ils dénonçaient les effets nocifs des pesticides. L’abondance promise par le capitalisme s’est révélée être une abondance empoisonnée.
« La crise est renforcée par l’accroissement massif de la pollution de l’air et de l’eau ; par une accumulation croissante de déchets non biodégradables, de résidus de plomb, de traces de pesticides et d’additifs toxiques dans la nourriture ; par l’extension des villes en vastes banlieues urbaines ; par l’accroissement du stress dû à l’encombrement des transports, au bruit et à la vie de masse ; et par les intolérables cicatrices infligées à la terre par l’exploitation minière et forestière et par la spéculation sur le patrimoine. Au final, la terre a été pillée en quelques décennies à une échelle sans précédent depuis que l’homme vit sur la planète. Socialement, l’exploitation et l’aliénation bourgeoise ont appauvri la vie quotidienne jusqu’au point le plus extrême de vide et d’ennui. La société ayant été transformée en usine et en marché, sa principale raison d’être est la production et la consommation pour son seul bénéfice. » La société de consommation et l’anarchisme, 1967.
L’exode rural, l’industrie alimentaire, la chimisation de la vie et la lèpre urbanistique ont imposé un mode de vie consumériste, brutal, égoïste et névrosé, submergé par un environnement artificiel et atomisant.
En conclusion d’une époque de révoltes – le ghetto noir américain, le mouvement pacifiste britannique, les provos hollandais, la jeunesse allemande, le mai 68 français – Guy Debord a déclaré :
« La pollution et le prolétariat sont aujourd’hui les deux côtés concrets de la critique de l’économie politique. Le développement universel de la marchandise s’est entièrement vérifié en tant qu’accomplissement de l’économie politique, c’est-à-dire en tant que « renoncement à la vie ». Au moment où tout est entré dans la sphère des biens économiques, même l’eau des sources et l’air des villes, tout est devenu le mal économique. La simple sensation immédiate des « nuisances » et des dangers, plus oppressants à chaque trimestre, qui agressent tout d’abord et principalement la grande majorité …